Introduction au roman

 

 

1865, Luxembourg.

 

La colère gronde depuis quelque temps parmi les dieux celtes de l’Europe.

En cause : les puissances du Vieux Continent se morcellent, générant des tensions politiques et civiles continues.

Certains s’insurgent contre l’émergence de nouveaux pays souverains, apparaissant à leurs yeux comme un signe de faiblesse et un facteur d’instabilité, à l’origine de guerres sans fin. Ils considèrent que seule la naissance d’un nouvel empire européen favorisera l’unité, la stabilité et la puissance.

Pour eux, l’heure est donc venue de réorganiser la carte en semant le chaos au point le plus propice : dans les régions luxembourgeoises de deux jeunes États, indépendants depuis peu.

Récemment scindé en deux, le Luxembourg abrite diverses communautés. Dispersés de part et d’autre de la frontière belgo-luxembourgeoise, ces peuples, aux langues différentes, aspirent à présent à la paix, à la neutralité, au bonheur, à leur identité propre et au développement.

Ravager les champs et exterminer le bétail lors d’une sombre nuit de printemps, voilà qui serait parfait pour étouffer dans l’œuf ces aspirations, provoquer une famine et affaiblir la population. La porte serait ainsi grande ouverte aux ambitions de la France et de la Prusse. Les deux voisins belliqueux saisiraient alors chacun l’opportunité de s’emparer du territoire meurtri, ce qui mènerait à une grande guerre qui enflammerait toute l’Europe.

Mus par le désir de voir les grands États se battre pour l’hégémonie européenne une bonne fois pour toute, les dieux en colère espèrent voir le vainqueur bénéficier à terme d’un pouvoir central sur le Continent.

Dans le même temps, ils nourrissent le projet de faire renaître de leurs cendres leur culte et la culture celte, après avoir mis en place la nouvelle autorité, et ce des Highlands aux Carpates. Ils ne supportent en effet plus le désintérêt des humains à leur égard au profit du monothéisme, foi aux multiples ramifications.

La date pour semer le chaos est choisie avec soin : leur plan sera mis en œuvre lors de la super lune de sang de Mars 1866.

 

La nuit de l’éclipse spéciale est parfaite à de nombreux égards…

La période printanière est en effet celle des premières cultures de céréales.

De plus, de nombreux animaux auront quitté leur refuge pour dormir dehors : la destruction de la vie animale et des sols par les dieux ne manquera pas de provoquer famine et chaos.

Et surtout, une lune de sang décuplera les forces ténébreuses et les comportements violents des dieux qui détruiront les terres. Outre le moment, ils déterminent encore la zone de destruction avec précision : les campagnes luxembourgeoises et les Ardennes, entre la Meuse et la Moselle.

 

Cependant, la stratégie ne fait pas l’unanimité auprès des divinités, si bien que des camps se créent aussi parmi eux. Si certains aspirent à mettre un terme aux désirs d’indépendance des humains, d’autres prônent en revanche l’union et la paix entre les États, sans toutefois sacrifier leur identité propre. Entre ces deux clans d’opposants, un troisième groupe peine à choisir son camp.

Hélas, c’est malheureusement le plan machiavélique qui est adopté, faute d’opposition suffisante.

Fervente partisane de la paix, Arduinna, très ancienne déesse influente, entend bien protéger sa forêt ardennaise, gorgée de vie. Elle échafaude un plan à cette fin...

Connaissant bien les créatures surnaturelles qu’elle abrite entre la Meuse et la Moselle, la déesse décide de réveiller la plus étrange des fées qu’elle cache précieusement dans un méandre de la Sûre, non loin de Baschleiden.

Malheureusement, la créature sommeille depuis bientôt un millénaire. La sortir de sa léthargie n’est pas chose aisée, et cela ne peut se faire que durant la semaine du Samain, moyennant l’accord du roi des dieux celtes : Lug. Mais comme rien n’est impossible, la déesse obtient le précieux support de son supérieur, et finit par réanimer…

 

...Mélusine.

 

 

Cette princesse picte a gravé son nom dans les légendes européennes, elle qui se voyait transformée tous les samedis en une créature mi-femme, mi-serpent. À l’origine de plusieurs grandes lignées françaises, cette fée avait finalement fondé Lucilinburhuc, avant de sombrer dans un profond sommeil.

La voilà à présent tirée de son coma, accablée de mille questions, se retrouvant au nord de ses terres luxembourgeoises, qui plus est à une époque inconnue pour elle.

Mais l’heure n’est pas à la tergiversation. Arduinna la charge immédiatement d’une mission urgente et critique : rassembler des créatures étranges errant dans la région, et se préparer en vue de la bataille de la lune de sang contre les dieux colériques.

 

Mélusine, hantée par les problèmes d’une vie passée, est forcée d'accepter la mission malgré les nombreux doutes qui l’assaillent. La tâche est loin d’être évidente et les interrogations sont légion…

Pourquoi Arduinna ne peut-elle protéger son domaine par elle-même ?

Où se cachent précisément les créatures étranges censées l’aider ?

Accepteront-elles de collaborer ?

Le groupe sera-t-il suffisamment puissant et uni pour contrer l’attaque maléfique ?

 

Sans oublier la question la plus fondamentale de toutes : la princesse est-elle suffisamment stable émotionnellement pour faire face aux défis qui l’attendent ? Le poids de son passé pourrait en effet la ralentir et l’empêcher d’accomplir sa nouvelle destinée.

 

Alors que la princesse n’a que l’hiver pour préparer sa mission, voilà que les premiers flocons de neige se mettent à tomber sur la Sûre...